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Association C.A.D. COMPORTEMENTALISTES D'AUJOURD'HUI et de DEMAIN Des comportementalistes spécialistes des relations Homme/Chien/Chat
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Document CAD à l'usage des comportementalistes en exercice (Elaboré par Laurence Bruder-Sergent, Danièle Mirat et Michel Quertainmont) Mise en ligne le 31 Août 2007
Évaluation de la dangerosité potentielle d'un chien après conduite agressive avec morsure
La question de l’évaluation de la dangerosité potentielle d’un chien est une difficulté qui n’aura de pertinence qu’en considérant, non pas uniquement l’animal lui-même (nous parlons de l’animal qui a mordu), mais le contexte précis de l’épisode : cet animal-là en relation avec cette ou ces personnes-là. Il est à considérer que ces dernières, ont dans le quotidien de leur cohabitation avec le chien, tissé un lien social plus ou moins sécurisant et structurant, ou au contraire plus ou moins anxiogène, et dans ce cas, potentiellement générateur d’altérations comportementales chez l’animal (les dimensions sociale et émotionnelle étant là inextricablement mêlées).
Chez les canidés, un comportement agonistique permet normalement de résoudre un conflit avec un autre individu, et chaque chien aura un « modèle » personnel de réaction à des situations données, que celles-ci soient de conflit (ou non) avec les humains, ses congénères ou d’autres espèces. Le chien, soumis à la double contrainte de la confrontation avec le monde extérieur et le tumulte de son monde intérieur, se construit progressivement un profil réactionnel (résultat de la pression façonnante de l'environnement) avec un seuil de déclenchement des comportements, et cela en plusieurs étapes qui passent par :
Critères à prendre en compte pour l’évaluation :
1) Concernant le chien
2) Concernant les propriétaires
On connaît la faible héritabilité des tendances comportementales ou tempéramentales (couramment chiffrées entre 5 et 20%) d’un chien. On en déduit donc l'importance considérable de l'environnement sur l'ontogenèse comportementale, et en conséquence :
Cet ensemble pouvant permettre de minorer les risques de conduites agressives d’un chien.
Le risque de dangerosité restera toujours fonction de la particularité des personnes en interactions avec le chien, comme de la spécificité des circonstances, et proportionnel aux critères pris en compte.
(1) Danger relatif de quatre types de chiens selon leur socialisation ou non et selon leur inhibition de la morsure
(2) Évaluation objective de la nature des blessures, afin de déterminer la gravité des morsures.
On décompte 5 stades :
(3) Les trois phases d’une conduite agressive
Une conduite agressive est un affrontement codifié et ritualisé, c’est à dire qui se déroule généralement de la même façon pour tous les individus de la même espèce. C’est justement cet aspect ritualisé qui rend les choses prévisibles entre chiens, mais aussi pour les humains qui y sont sensibilisés. C’est ainsi que ceux-ci peuvent s’adapter et savoir comment agir ou y réagir adéquatement (aussi bien pour l’éviter que la désamorcer).
Un chien peut déclencher une conduite agressive, qui d’une manière générale se déroulera en 3 étapes, pour faire cesser une situation ou pour obtenir quelque chose : La menace est normalement destinée à impressionner un individu et si possible éviter l’attaque proprement dite. En cas d’inefficacité, la menace sera mise à exécution par morsure. Si sa menace s’est avérée inefficace, le chien passe à l’étape suivante : la morsure. Prise en gueule plus ou moins fortement tenue, dosée et lâchée en fonction de la situation et de l’adversaire, la morsure n’est pas faite pour tuer, la soumission servant à faire cesser le combat (sauf dans 2 cas bien particulier*)
* Cas particuliers : a) La poursuite, saisie et morsure dite « délabrante » d’une proie b) Le dressage au mordant, où même si l’adversaire se « soumet » c'est-à-dire ne bouge plus, le chien continue de tenir fortement et ne lâchera pas sans ordre du maître. Dès que l’un des 2 adversaires se soumet, le « vainqueur » marque la fin du combat en posant sa patte sur l’autre ou en le léchant (sauf dans le cas de fuite de l’adversaire) pour signaler le retour à la paix et éteindre toute velléité agressive. Après un conflit, un chien peut venir lécher son propriétaire, se coucher sur ses pieds, ou s’asseoir collé contre ses jambes (comportements soit de demande d’apaisement soit de dominance) (4) Les principales expressions corporelles de la menace
Dans l’attitude offensive, l’animal se tient droit, le regard fixe et les pattes raidies, le poil hérissé, la queue haute et droite, à la verticale et immobile, les oreilles pointées vers l’avant. Il tente d’augmenter son volume, de se faire plus grand et plus imposant qu’il n’est.
Dans l’attitude défensive, l’animal se tient plutôt l’échine abaissée et hérissée, la queue basse voire rabattue sous l’abdomen, les oreilles plaquées vers l’arrière, la tête comme « rentrée ».
Ces postures sont souvent accompagnées de grognements plus ou moins sonores et/ou d’aboiements, ainsi que de mimiques faciales avec museau retroussé (plus les dents sont découvertes, plus le regard est fixe et/ou la pupille dilatée, plus il y a vive tension) Ces signaux canins, posturaux et sonores, parfaitement « signifiants » et sans équivoque entre congénères, reçoivent évidemment les réponses canines adaptées*. Les êtres humains mal sensibilisés à cette communication non verbale, décodent et interprètent mal les menaces de leurs chiens, et en conséquence ne produisent pas les réponses adéquates
* Il est des cas, où malheureusement, l’homme a produit ou modifié des chiens par sélection artificielle ou par chirurgies de convenance (codectomie, autectomie). Ces chiens ont un langage gestuel bien moins finement expressif (par les yeux perdus sous les poils, les oreilles trop longues et tombantes ou presque inexistantes par essorillage, la queue coupée, etc... qui rend la communication moins précise avec de possibles méprises sur leurs intentions. (5) Les différentes formes d’agressions
Le stimulus déclencheur d’une agression peut être endogène ou exogène (l’un de ces stimuli pouvant provoquer le suivant). Pour différenciation des différentes formes de conduites agressives du chien, nous avons retenu les plus courantes dans la classification de 1969 de l’éthologiste américain K.E MOYER :
Entre canidés, cette agression de type offensif (dont le but rappelons-le n’est pas de tuer) sert à marquer sa supériorité sur l’autre, à affirmer son pouvoir sur lui. Toujours impressionnante, parfois violente, très bruyante (et inquiétante pour les humains non avertis) mais souvent brève, ce type d’agression, dite normale, est fréquente entre mâles (un peu moins entre femelles) et destinée à prendre, vérifier ou défendre un statut. Cette conduite agressive cesse quand l’un des deux protagonistes adopte de lui-même une posture de soumission plus ou moins marquée, ou bien prend la fuite. Le chien peut agresser ainsi un membre de sa famille pour défendre ou maintenir des privilèges qui lui sont laissés au quotidien, et que l’on remet soudainement en question. Déroulement : menaces (grognements, hérissements, raidissement du corps, regard fixe et s’il faut, claquement dans le vide) et/ou attaque par prise en gueule contrôlée, plus ou moins serrée et tenue) Généralement il n’y a pas de blessure invalidante (sauf sur zones fragiles du corps humain)
Agression défensive en réaction à une douleur, une contrainte, une manipulation, et qui peut s’observée par exemple, chez l’animal vieillissant malmené par un enfant, ou lors de soins sur un animal malade, ou encore lors de toilettages ou brossages répétitifs, insistants et redoutés. Déroulement : dans cette agression, il arrive que la phase de menace soit courte voire inexistante, l’attaque contrôlée, brève - généralement pas de blessure invalidante sauf sur zones fragiles du corps humain-
*Le terme « irritation » est à prendre ici dans le sens où l’animal peut vivre comme une agression l’attitude de l’humain qui lui fait mal, même sans intention malveillante.
La manifestation agressive (défensive) sûrement la plus fréquente et la plus mal identifiée comme telle par les propriétaires du chien. Ex : une approche soudaine quand l’animal dort ou mange, le franchissement brusque de sa distance dite « critique »* surtout s’il n’a aucune possibilité de fuite (à l’attache, dans un espace clôturé, dans une voiture, ou tenu en laisse en balade, ou poursuivi et acculé derrière ou sous un meuble) Ce type d’agression peut avoir tous les degrés (et jusqu’aux plus extrêmes pour les chiens mal imprégnés et socialisés aux 2 espèces humaine et canine) Déroulement : dans nombre d’agressions provoquées par la peur, les 3 étapes sont rendues floues par l’intensité de l’émotion qui conduit l’animal à des réactions extrêmes. Pousser un chien jusque dans ses derniers retranchements par méconnaissance ou inconscience, fait prendre de grands risques de morsures gravissimes, parce qu’exercées parfois avec l’énergie du désespoir par l’animal. L’attaque peut donc être quasi-directe et les morsures fortes, non contrôlées et souvent sévères et profondes
* Distance critique : zone personnelle limite (fluctuante en fonction du sujet, de son histoire, son état émotionnel et des contextes) que « dessine » un individu autour de lui et dans laquelle il peut ou non tolérer une approche. Le franchissement rapide de cette zone déclenche la peur et peut contraindre l’animal à l’attaque (ou à la soumission ou des comportements de substitution selon les sujets et les contextes)
C’est l’agression la plus dangereuse, parce que la phase de menace n’existe plus. Elle peut être le résultat d’un apprentissage volontaire (dans le cas du dressage au « mordant* ») ou involontaire (ex : le chien confronté à une situation stressante et qui se répète - toilettages douloureux ou contraintes en espace restreint qui se reproduisent, signalant à l’animal que ses menaces sont inutiles, le conduisant donc à mordre directement sans plus prévenir)
* Ce dressage (qui organise la disparition de la phase de menace et le maintien de la morsure) ne devrait être réservé qu’à des chiens employés à des métiers de la défense et/ou de l’attaque (police, armée, sécurité) et effectué par des professionnels habilités. Pour le chien de famille qui serait dressé ainsi, on peut imaginer que dans un contexte de stress intense, il se désorganise émotionnellement et échappe au contrôle de son maître en déclenchant une attaque violente.
Laurence Bruder Sergent, Danièle Mirat et Michel Quertainmont pour l’association CAD
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