Association C.A.D.

COMPORTEMENTALISTES D'AUJOURD'HUI et de DEMAIN

Des comportementalistes spécialistes des relations Homme/Chien/Chat

 

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Les activités de C.A.D.

Les diverses réactions de comportementalistes de CAD face aux morsures de chiens "dits dangereux" dans l'actualité de tous ces derniers mois

1° Vincent Pfeiffer: Qu’est-ce qui rend les chiens dangereux ?

2° Rodolphe Frege: Il faut arrêter!

3° Michel Quertainmont: Morsures de chiens : sortir du flou ambiant !

4° Laurence Bruder-Sergent: Suite aux morsures gravissimes de chiens sur des enfants

5° Danièle Mirat: Le Rottweiler... un chien dangereux ?

 

  Qu’est-ce qui rend les chiens dangereux ?

Définir des lois et prendre des mesures contre les attaques de chiens est aujourd’hui nécessaire. Pourquoi justement aujourd’hui, puisque statistiquement, le nombre de morsures sur humain n’a pas augmenté ? Dans les milieux cynophiles, on pointe du doigt les médias, mais chacun le sait : casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre. Expression chère aux journalistes, même si leur rôle dans la pertinence des textes passés et futurs est pourtant indéniable.

Pourquoi maintenant, et pourquoi les chiens attaquent-ils des humains ?

 

Premièrement parce que la place du chien dans notre société et dans notre vie a changé. Il vit de plus en plus au cœur de notre quotidien, fait partie de la famille. C’est un fait, mais pas forcément une bonne chose.

A ce propos, éthologues et sociologues pointent certains détails de l’évolution de notre environnement avec beaucoup de perspicacité : la simple évolution du chauffage central, permettant de laisser les portes ouvertes partout à l’intérieur de nos habitations… Un détail qui n’en est peut être pas un pour le chien contemporain, qui a déjà du mal à rester à sa place de chien, et respecté dans son animalité.

 

Le chien, quelque soit sa race, est un loup modifié artificiellement. Il garde son équipement et une partie de son fonctionnement de prédateur carnivore, des codes sociaux du loup.

On ne peut pas reprocher à un animal sauvage de vivre sa nature, mais on peut cependant reprocher à l’homme d’avoir sélectionné et créé des races pour le spectacle de combat (les chiens de type « bull » destinés à combattre contre des taureaux), la guerre, ou une forme de chasse contre-nature où on instrumentalise les capacité de prédation du chien contre des espèces auxquelles il n’aurait jamais dû se mesurer : jaguar pour le dogue argentin, lion pour le Rhodésian Ridgeback, ours pour le chien de Carélie, etc. C’est dangereux, reconnaissons-le.

Des ces animaux, sur des centaines de générations, on a sélectionné les plus résistants à la douleur, les plus téméraires (suicidaires), les plus grosses mâchoires, mais aussi amputé d’une partie de l’héritage communicatif du loup si sociable : les chiens de combat ne s’arrêteront jamais aux signes de soumission de l’autre et iront jusqu’à la mort, ce qui est profondément contre nature, mais bien plus spectaculaire pour les parieurs !

D’ailleurs sur les lignées les plus poussées en sélection sur l’agressivité, la nature dit stop : la reproduction ne peut plus se faire, la femelle n’accepte plus le mâle, n’allaite pas ou tue ses chiots. Ce phénomène extrême ne s’est encore observé que sur certaines lignées de bull-terriers.

 

Vous savez déjà qu’un chien ne naît pas dangereux, mais qu’il le devient. Que, certes, un Rottweiller fait plus de dégâts en mordant qu’un caniche, mais que les plus mordeurs ne sont pas ceux qu’on croit.

 

Au travers des races dites « dangereuses », on paie aujourd’hui le prix de cette sélection. En considérant en général le chien comme un « outil de compagnie », on nie la sélection de milliers d’années à des tâches aussi variées que la conduite de troupeau, la protection des territoires, la chasse, le combat… Cela peut parfois exister avec succès, mais finalement, utiliser un chien de chasse capable de courir une centaine de kilomètre par jour, ou un American Staffordshire terrier comme nounou, c’est aussi absurde que de faire la cuisine avec une kalachnikov.

Voilà pour l’inné.

 

Et maintenant l’acquis

 

Dans ce domaine encore, on joue avec le feu. Je souris lorsque j’entends les projets de loi gouvernementaux proposant de passer un « permis chien » dans les clubs canins associatifs. Sur ces mêmes terrains où on fait presque toujours mordre des chiens sur des humains. « Apprendre à contrôler la morsure en s’amusant disent les pour ». Mais si ce n’est réellement qu’un jeu proprement dit, pourquoi justement faut-il un « homme d’attaque », et pourquoi est-ce si tabou qu’un maître « joue » à faire mordre son chien sur lui-même ? Pas si anodin sûrement, et il y aurait encore beaucoup à dire.

D’ailleurs, comment être sûr de ce que font les adeptes de ces enseignements ? Apprendre à mordre fortement et fermement en gueule, à prendre l’initiative d’attaquer, faire disparaître la phase de menace (grognements, postures, découverte des dents, pilo-érection etc.), mais aussi trouver le plaisir et l’apaisement dans la morsure… Il y a là quelque chose d’inquiétant. On est pourtant ici dans un cadre légal, ouvert à de simples particuliers, sans forme de sélection, et personne ne s’en indigne. Les détenteurs d’armes à feu et du tir sportif ont le même discours : « pratiquer pour mieux contrôler ». Chacun voit midi à sa porte (les chasseurs ne se vantent-ils pas d’entretenir la faune et la flore des espaces naturels ?) On connaît les chiffres en matière de tragique utilisation de ces armes… la comparaison avec le chien, il n’y a qu’un pas.

 

Ce nous montrent les médias : d’une part des maîtres faisant des erreurs aux conséquences gravissimes. Dans le cadre familial ou à l’extérieur, les carences de socialisation, les conditions d’élevage désastreuses, l’absence de cadre et de repères ; il manque, il manque : cette autorité (qui fait aussi défaut dans d’autres domaines), les connaissances de base d’une espèce animale qu’on héberge sous son toit, et une ligne de conduite de tous les membres de la famille, enfants compris !

 

Encore moins joli, les « vedettes » de ces faits divers sont aussi des propriétaires souvent bien conscients de ce qu’ils font en organisant à grande échelle l’élevage, le dressage et l’entraînement de chiens-armes, dont la violence n’a comme limite que la folie de leur propriétaire. Passeurs de drogue, boucliers servant à assurer la garde sur les lieux de trafics divers, combattant de l’arène, il est maintenant dangereusement naïf de croire que ces délinquants seront plus lents à s’adapter que nos vieux législateurs. La catégorisation des races proprement dites (qui passe par leur identification)  ne sera pas d’un grand secours contre cette violence et ces maltraitances.

 

Le bilan de ce texte, c’est que j’ai tiré à boulets rouges sur une grande variété de catégories sociales et ça ne me réjouis pas du tout. Les attaques de chiens : un phénomène de société, il faut bien le reconnaître, ça ne facilite pas la tâche.

La répression est nécessaire dans un second temps, mais lorsque dans notre refuge Spa par exemple, on voit les motifs d’abandon d’un chien, on se doute que les motifs de leur acquisition furent sûrement au moins aussi farfelus.

 

Informer à tout âge de ce qu’est un chien, écouter et conseiller, c’est ce qu’on peut attendre de ceux qui veillent à la santé publique. Pour les maîtres, se remettre en question, accepter les conseils et respecter toujours et encore plus les autres (toutes espèces confondues), ça ressemble à un vœux pieux.

Mais peut être le cercle vertueux n’est-il pas si loin ?

Vincent Pfeiffer Comportementaliste

Site: http:/www.pfeiffer-comportementaliste.com

                                                                                                                                                      

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2°: Il faut arrêter ! …

 

Il faut arrêter de dire que les Rottweilers et autres pitbulls sont des chiens méchants et le labrador, golden retriever des chiens gentils. L’un est chien de garde, l’autre chien de famille. Je sais que les gens aiment bien mettre les individus (chiens ou humains !!) dans des tiroirs, des catégories, des castes….Il n’y a pas de chiens méchants ou gentils, un chien est UN CHIEN !

Il faut arrêter de généraliser !! Les plus gros mordeurs sont les petits car bien souvent leurs propriétaires estiment qu’ils n’ont pas besoin d’éducation. Bonjour les petites terreurs type terriers, Yorks, Caniches, Jack Russels etc… (non pas que je sois contre les chiens de petite taille, au contraire). J’entends déjà dire, « oui mais ça ne fait pas de dégâts les petits » ; pourtant, un doigt cassé ou d'autres dégâts au visage ne sont pas négligeables… surtout face à des enfants !


Et si l'on parle de gros gabarits, savez-vous que les plus gros mordeurs sont des bergers allemands, des labradors, et des goldens retrievers ?


Forcément un vendeur vous dit : « c’est un chien gentil, destiné pour une famille avec des enfants… pourquoi encadrer ce chien, il est préréglé …». Que de bêtises !

Autre élément qui fait hurler à chaque fois que l’on parle de morsure, quelle que soit la race du toutou incriminé. Les médias nous montrent des Rotts que l’on appelle pitbulls, ou des Am’staffs que l’on appelle pitbulls, voir Rottweilers… un grand n’importe quoi géré par des gens qui n ‘y connaissent rien et qui ne prennent pas la peine de retransmettre l'information dans sa totalité.

Pourquoi ne demande-t-on pas aux vrais spécialistes, professionnels du chien : comportementalistes, éducateurs, vétérinaires, toiletteurs, promeneurs etc…. pour discuter de sujets relatifs aux chiens !

 

Chien méchant ?

 

Un chien est UN CHIEN qui a son propre vécu et donc ses propres manières de réagir.
Il n’y a pas de races plus agressives que d’autres, il n’y a pas de gênes de l’agressivité, tout dépend du maître et donc, de la manière dont l’individu traite le chien.
Petit rappel : les fameux pitbulls sont également de gros nounours, ce sont des molosses donc naturellement ils sont câlins, pots de colle, et surveillent leur petite famille ; des vrais chiens de berger (comme le Rottweiler). Les chiens de combat n’ont plus grand chose à voir avec un chien, vu la manière dont ils ont été traités dès qu’ils étaient chiots : séparés de leur mère, enfermés dans le noir, tabassés au point que tout du monde extérieur devient ennemi, au point que les signaux de menaces et la séquence classique comportementale de la menace disparaissent pour laisser la place à une morsure instrumentalisée. Vous feriez pareil en traitant un enfant humain de la même manière, vous obtiendriez un petit sauvageon … j’entends hurler…
En Bref, si on ne dresse pas les Pit-Bulls et autres Rottweilers de façon particulière, ce sont les mêmes chiens que les autres.

 

La morsure – L’agression

 

Un chien ne mord pas sans raison et rarement sans prévenir. Avant de mordre le chien va exprimer sa menace :

·         Je grogne, j’ai divers rictus, je suis tendu : cela veut dire recul car je ne veux pas de toi ici, je suis chez moi ou tout simplement tu me fais peur donc recule !

·         Je passe à l’acte, oui, je mords (au passage il n’y a rien de plus naturel pour un chien que le fait de mordre, il ne peux se défendre a coups de poings ou vous envoyer son avocat !). Donc je mords, mais il y a morsure et morsure. Le chien va, la plupart du temps, mordre une fois pour vous faire reculer.

 

Les enfants

 

"Le chien et l’enfant" est un sujet qui pourrait être développé dans un livre. En gros le chien ne respecte pas l’enfant comme il respecte l’adulte. Il le considère à la limite comme un chiot et va plus avoir tendance à le protéger. Mais, face à un chien, un enfant n’a pas tous les droits pour autant.

Nous demandons à nos chiens de supporter leurs congénères, les autres animaux, (alors que nous même entre humain, il est rarement facile de se supporter) et la vie avec les humains, qui implique des horaires, une distribution de nourriture, des nuits imposés.

Il ne faut pas laisser les enfants avec un ou des chiens adultes ! Il y a plusieurs raisons : l’enfant est bien souvent un petit tyran qui a besoin de tester son pouvoir, sa force et dans ce cas, le chien a ses limites, il supporte jusqu'à un certain niveau. Bien souvent le chien va préférer partir, mais le pire est à craindre si l’enfant le poursuit ! Fréquemment, l’enfant interprète la vision des dents du chien qui menace comme un sourire. L à encore il y a maldonne...

 

Les parents doivent apprendre aux enfants à ne pas s’approcher d’un chien qu’ils ne connaissent pas, à ne pas le déranger lorsqu’il dort, mange ou se bagarre avec un autre chien. Ne pas lui faire mal non plus.

Plutôt que de montrer certaines races du doigt et de vouloir les exterminer, il serait plus judicieux d’éduquer les gens. Un chien ne vous prendra jamais en traite, il s’exprimera avec ses codes avant de passer à l’acte, mais voilà l’homme croit tout savoir car il a eu des chiens a ses cotés depuis la nuit des temps et pourtant…. Il serait temps de les respecter pour ce qu’ils sont : DES CHIENS !

Si l'on suit la logique de ces gens voulant euthanasier ces races de chiens: s'il y avait plusieurs agressions de la part de personnes blondes aux yeux bleus, il y aurait fichage et extermination des blonds aux yeux bleus. De même, la plupart des violeurs sont des hommes, donc si on suit la logique il faudrait euthanasier tous les hommes… à bon entendeur.

Ce n’est pas en éradiquant certaines races que l’on réglera le problème des morsures en France. Le nombre de chiens ne cesse d’augmenter et ce n’est que la communication et la sensibilisation des propriétaires à l’éducation qui pourra faire évoluer les choses.

 
L’actualité : on ne parle pas beaucoup des maîtres...

 

Le chien est fait, construit par son maître et pourtant lorsque l’on parle des agressions on ne parle jamais des maîtres. Pourquoi ?

On a bien parlé de chiens qui se jettent sur des personnes qui sonnent à la porte. Que fait le maître ? Trop de chiens dans les quartiers passent leur vie, enfermés dans une pièce où la tension monte, c’est normal, ce n’est pas une vie ! Que font les maîtres ?

On entend aussi que si un comportement suspect est signalé au préfet, l’animal pourra être euthanasié… Un peu rapide surtout lorsque l’on connaît les guerres de voisinage.

N’a t-on pas déjà vu l’euthanasie du 2ème chien d’une famille où seul un chien avait mordu… trop facile, trop aléatoire.
Il est clair qu’on ne peut laisser divaguer un chien, c’est dangereux pour lui et pour les humains, je pense par exemple aux accidents de voiture... mais de là à extrapoler en interdisant certaines races… je ne vois pas le rapport.

Un chien est UN CHIEN, on a vu les modes des chiens mordeurs changer, avant on se méfiait du berger allemand, puis du fox terrier, puis le malinois et maintenant les molosses. J’entends parler de races de combat, de chiens dangereux… et pourtant on ne cesse de rappeler que c’est son éducation, son dressage qui rend un chien apte au combat, qui rend un chien agressif ou non. Naturellement, un chien ne sera pas agressif, mais si on lui apprend à l’être, forcément il obéit, de même s’il passe sa vie enfermé et n’est pas correctement sociabilisé, ses rapports avec ses congénères ou avec les humains risquent d’être plus tendus, par manque d’habitude et par peur.

Les propriétaires doivent respecter les besoins de l’animal, l’éduquer, le socialiser, faire son bonheur en le sortant, en jouant avec lui, etc… et non en l’enfermant à longueur de journée, en l’empêchant à avoir tout contact avec humain ou chien.
C’est l’homme qu’il faut éduquer avant de vouloir prendre des mesures aussi intransigeantes envers nos animaux qui naissent avec l’innocence d’un enfant.

Rodolphe Frege Comportementaliste

E-mail r.frege@voila.fr

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3°: Morsures de chiens : sortir du flou ambiant !

 

Mieux comprendre et mieux gérer les échanges Homme/Chien

dans la rencontre de deux représentations du monde bien peu semblables

 

La plupart des personnes mordues par un chien, le sont par un animal connu, celui de la famille, ou celui de l’entourage proche (parents, voisins, amis, etc.)  Ce sont les enfants qui en sont malheureusement les premières victimes, aussi les plus gravement atteintes.  C'est probablement le domaine où l'anthropomorphisme (c-à-d l'attribution de réactions humaines à l'animal) amène les conséquences les plus sévères, voire les plus dramatiques.  Pas question pour moi d’excuser ou d’amoindrir l’impact émotionnel de ces accidents, mais simplement le souci d’éclairer le public de manière préventive.

 

Quelle part d'intentionnalité ?

D'abord, faut-il le définir, il n'est pas intentionnel pour le chien de causer dommage à autrui, sauf s’il a été dressé par l’homme dans ce but.  Et ce dressage n’est pas seulement le fait de marginaux ou de délinquants puisque les particuliers peuvent exercer leur animal « au mordant » dans certaines structures de type « club », où il est appelé « sportif », pour justifier cette pratique et rassurer le public sans doute. 

D’autre part, la croyance que certaines races seraient à l'origine des accidents est bien peu représentative devant les statistiques (qui sont pourtant les éléments objectifs des agressions).  En effet, les diverses études menées localement ou nationalement montrent que les races en question (« dangereuses ») se placent bien en deçà du pourcentage constaté de morsures par des sujets issus de races dites « non-dangereuses ».

La rencontre de deux représentations du monde

Ensuite, l’idée initiale d’éduquer un chien comme on la présente habituellement est trompeuse, car elle laisse penser aux propriétaires, comme aux non propriétaires ou au législateur, qu'il est possible d'inculquer un savoir-vivre à l'animal.  C'est donc lui qui est en cause, de manière isolée et c'est lui qui doit être formé à "pouvoir bien se tenir" en société.  Une fois « éduqué », le propriétaire croit que son animal est capable de censurer ses réponses comportementales au profit de valeurs sociales… balises propres au monde des humains, et donc inaccessibles pour lui. 

Les conduites agressives chez le chien ne sont rien sans le contexte (aussi et surtout relationnel) dans lequel elles surviennent, ceci s’appliquant aussi à d’autres comportements. 

Elles sont une réactivité individuelle (rien à voir avec une race ou un type de chien donc) à une situation particulière.   Les réactions peuvent être directes et immédiatement liées au contexte, comme par exemple une réaction à la douleur, à une proximité inquiétante, ou à une impossibilité de fuir devant ce qui dérange. 

Mais par ailleurs, elles peuvent aussi être l’aboutissement d’une somme de « petites » situations à peine perceptibles à celui ou celle qui n’a pas la compréhension et la sensibilité à les distinguer.  C’est évidemment de ces dernières que l’on entend le plus souvent parler, car elles sont perçues comme soudaines et non annoncées.  On peut voir celles-ci comme une accumulation de tensions qui au fil du temps ne peuvent plus être contenues et se libèrent à un moment inattendu (nous connaissons tous l’expression populaire de la goutte qui fait déborder le vase).

C’est en menant une analyse approfondie, avec l’aide d’un comportementaliste* spécialisé dans les relations entre l’humain et l’animal (sans attendre, donc dès l’apparition des premiers signaux inquiétants), que l’on peut faire émerger LES causes de cette réponse comportementale là, de cet individu là, à ce moment-là, et en direction de cette personne là.  Car il est en effet bien rare de constater une cause unique à la réaction du canidé domestique. 

On perçoit de manière évidente, la prévalence que constitue la situation individuelle sur le prétendu « réservoir agressif » que l’on souhaite attribuer au chien en général.

Pour mieux comprendre de telles réactions individuelles, et les jauger avec une plus grande précision, il n’est pas superflu de s’intéresser au monde perceptif (umwelt) du chien, au répertoire comportemental de l’espèce,  à la régulation de ses émotions, et enfin à cette situation si particulière de l’étroite cohabitation de l’Homme et du Chien.

Tout propriétaire, futur propriétaire, ou non-propriétaire devrait être sensibilisé à une telle cohabitation en bonne intelligence.  Sans doute la meilleure façon de mieux sécuriser tous les échanges.

* spécialiste de la relation qui unit l’Homme et l’animal familier dans tout ce qu’elle
  peut être influente sur les comportements normaux de celui-ci.


Michel Quertainmont Comportementaliste

Site: http://comportementaliste-mq.com

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4°: Suite aux morsures gravissimes de chiens sur des enfants

Chaque année, approximativement à la même période surviennent de tels drames. On en parle beaucoup moins aux saisons froides que lors des beaux jours. Il est alors possible de faire la relation entre la météorologie propice aux sorties, la détente qui fait se relâcher la vigilance, les promenades plus fréquentes des chiens mais aussi les activités extérieures des enfants.

 

Peut-on vraiment parler d’accident ou s’agit-il d’une combinaison de différents facteurs favorisant la survenue de tels drames ?

 

Un animal qui a passé de longs mois confiné avec de courtes promenades sanitaires se retrouve avec une bonne dose d’énergie à décharger. Si pour couronner le tout, la personne qui promène le chien ne sait pas comment le contrôler, les accidents sont vite arrivés. Ajoutons à cela le caractère parfois belliqueux ou instable de certains chiens que leurs maîtres n’ont pas travaillé à corriger, et tout concoure à créer un problème.

 

Pourquoi certaines races attaquent plus que d’autres ?

 

Certains chiens sont d’un tempérament beaucoup plus réactif que d’autres. Alors qu’un bon gros pépère au caractère calme ne perdra pas son flegme facilement, d’autres bondissent à la moindre tension.

 

Parmi certaines classes de chiens, il en est à surveiller de près, tout autant que les molosses montrés du doigt ces temps-ci. Les terriers par exemple. Ou les chiens de garde. Ou les bergers. Ou les retrievers. Ou les primitifs (husky et autre). Eux aussi peuvent être nerveux, fatigués, stressés. Tous les chiens sont susceptibles, un jour, de mordre quelqu’un.

 

Il est rassurant de cataloguer des individus, mais si nous transposons aux humains la théorie de la loi sur les chiens dits dangereux : serait-il acceptable de dire que certaines « races » d’humains sont plus dangereuses que d’autres ? Non évidemment, il n’est pas envisageable de réduire ainsi des êtres vivants. On ne s’est pourtant pas gêné pour le faire pour les chiens. Certes les molosses sont plus puissants que les petits chiens, mais l’agressivité n’est pas proportionnelle au volume de l’animal !

 

La différence entre une morsure commise par tous ces chiens réside dans plusieurs éléments : la force de la mâchoire (entre un yorkshire et un saint Bernard, il est aisé de savoir lequel commettra le plus de dégâts), dans le caractère de base du chien (s’il est de nature à s’énerver facilement par exemple), mais surtout, de l’éducation qu’il aura reçu depuis sa naissance.

 

Un chien qui n’a pas été préparé très tôt à un maximum de stimulations risque, un jour, d’avoir une réaction de peur, voire d’agressivité.

Je rappelle que face à une peur, un être vivant va devoir trouver une adaptation : s’enfuir (certains chiens savent parfaitement s’échapper lorsqu’ils ressentent un inconfort), s’immobiliser en attendant que le danger passe (il s’agit plutôt de l’attitude des reptiles), et si aucune de ces possibilités n’est envisageable, il n’y a plus que la solution d’agresser.

Donc en cas de peur, si votre chien est d’un fort tempérament, il y a de fortes chances qu’il choisisse d’attaquer plutôt que de s’enfuir.

Quant à l’agressivité exacerbée de certains individus, elle peut être provoquée par l’irresponsabilité des propriétaires qui n’ont pas mesuré le danger potentiel que représentent leurs chiens ou qui la provoquent sciemment ! Dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 13 juin 2006, un jeune homme annonce fièrement qu’il a frappé son chien pour le rendre plus agressif. Est-ce le chien qu’il faut blâmer ou le maître (absolument pas maître, justement !) irresponsable ?

 

On comprend aussi l’importance du travail de celui qui fait naître des chiots : il devrait être obligatoire de les sociabiliser au plus tôt et de les éduquer au mieux. A deux mois déjà (l’âge légal de vente d’un chien) les petits ont déjà acquis un minimum de connaissances et plus le temps passe, plus leur potentiel d’acquisition de nouveaux apprentissages diminue. S’ils sont privés de stimulations dès leur plus jeune âge et s’ils ne sont pas éduqués correctement, alors en effet, on peut s’inquiéter de ce qu’ils deviendront.

 

Comment savoir si votre chien peut mordre quelqu’un un jour ?

 

Un chien psychologiquement stable n’attaquera pas sans avoir donné d’avertissements préalables, même si ces signes n’ont pas immédiatement précédé la morsure.

Si votre chien a déjà eu des attitudes violentes, s’il a déjà grogné, montré les dents, pincé ou mordu, ne négligez pas ces signes.

Il vous a donné des indications que vous ne devez pas ignorer.

Un chien peut menacer et avoir raison de menacer. Il est plutôt bon signe que l’animal prévienne avant de mordre car s’il attaque sans qu’on s’y attende, c’est terriblement dangereux, il peut aller jusqu’à tuer et vous n’aurez rien compris à ce qui s’est passé.

Il est donc de votre responsabilité de ne pas ignorer ses faiblesses et d’agir en conséquence.

 

Si vous avez un doute quant au potentiel de votre chien, parlez-en à des spécialistes, pas à votre voisin ! Vous avez besoin d’informations fiables, venant de professionnels avertis et compétents. Vous leur expliquerez ce que vous avez constaté et ils pourront vous aider à y voir plus clair, et agir avec vous si c’est utile. Plusieurs alternatives peuvent se présenter : certains chiens auront besoin d’être dressés, certains maîtres éduqués à savoir réagir de manière adéquate, et parfois il faudra travailler sur des peurs ciblées pour habituer le chien à ne pas perdre son calme lorsqu’il est confronté à une situation qu’il ne connaît pas.

 

D’autre part, il est inutile de se voiler la face, certains chiens seront trop instables pour que l’on puisse se permettre de courir un quelconque risque. Si le vôtre est concerné, vous devez lui mettre une muselière pour protéger vos proches et vos concitoyens.

 

Lorsque l’on veut comprendre ce qui s’est passé dans les cas de ces morsures

 

Il convient de s’interroger sur différents points pour bien en cerner les caractéristiques :

  • le chien avait-il déjà côtoyé des enfants ?

  • comment leur rencontre s’était-elle passée ?

  • connaissait-il celui qu’il a mordu ?

  • où l’accident a t-il eu lieu ? le chien connaît-il ce lieu ?

  • que faisait l’enfant au moment de la morsure ? a-t-il parlé au chien ?

  • le chien avait-il donné des signes d’agressivité au préalable (le jour même ou n’importe quand précédemment, même un an avant) ?

  • avait-il été dressé à l’attaque ?

  • avait-il été éduqué comme chien de compagnie ?

  • quel a été le programme de la journée du chien ? qu’avait-il fait avant ? était-il fatigué, tendu, stressé ?

  • qui le promenait ? Etait-ce son maître, une personne connue de lui ? Etait-ce la première fois que cette personne s’occupait de lui ?

  • le chien a-t-il un caractère fort ? son maître sait-il le contrôler ?

  • y avait-il de la nourriture sur place ?  

L’objectif de cet article n’est pas d’excuser les chiens mordeurs, mais de comprendre ce qui a pu amener un animal à choisir cette attitude extrême plutôt qu’une autre. C’est vrai, les amstaff, rottweiler et autres ont un potentiel d’attaque énorme. Il est facile de les transformer en armes, et même si un petit nombre d’entre eux deviennent dangereux tous seuls, la plupart a bénéficié de l’aide (volontaire ou non) d’un humain pour le devenir.

Plutôt que d’interdire, pourquoi ne pas obliger les propriétaires à prendre des cours pour apprendre à contrôler leurs animaux ?

 

Laurence Bruder-Sergent Comportementaliste

Site: http://www.comportement-canin.com

 

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5°: Le Rottweiler... un chien dangereux ?

 

Cette question qui devient vite une affirmation populaire, est aussi vraie que fausse... ! 

 

Vraie : parce que les Rottweilers sont des chiens, et que tout chien peut représenter un danger potentiel.

 

Fausse : parce que l’on ne peut considérer TOUS les chiens d’une même race comme dangereux, sous le prétexte que quelques-uns parmi eux, le sont.

Confondre tous les individus d’un groupe, ne plus voir chacun avec sa personnalité et ses caractéristiques propres est un réflexe pernicieux. Il conduit à des abus de langage et de conduite, ou même jusqu’au vote de lois abusives.

 

Un Rottweiler peut sûrement être considéré comme potentiellement dangereux (comme tout chien de puissante morphologie) si tout n’a pas été mis en œuvre dès son plus jeune âge, pour le préparer à la vie en société.

Eleveurs sérieux et acquéreurs exigeants peuvent donc s’entendre sur ce point, pour que la race qu’ils apprécient ne soit pas celle qui défraie la chronique, en ne vendant pas à n’importe qui pour les uns, et n’achetant pas n’importe quoi pour les autres. Et c’est aux pouvoirs publics de s’attaquer aux trafics de chiens sans origine et à ceux qui ensuite, font usage de chiens-armes. 

 

Pour minorer les risques de conduites agressives

 

Un Rottweiler équilibré, c'est-à-dire sans peurs démesurées ni surexcitabilité vis à vis de son environnement, est le résultat des divers façonnements successifs dont il a été l’objet, depuis son plus jeune âge à l’élevage et jusqu’à sa maturité.

Les efforts conjugués des éleveurs et des acquéreurs, aidés par les différents professionnels que sont les vétérinaires, les comportementalistes et les éducateurs canins, sont parfaitement capables de limiter au maximum les risques de conduites agressives d’un molosse, dont les morsures causent les plus graves lésions.

La peur, la douleur, la surprise, une expérience antérieure traumatique, une mauvaise organisation des relations avec ses maîtres… sont autant de raisons (parfois ajoutées) pouvant conduire un chien à mordre. Et puisque tout le monde est concerné, cherchons à prévenir...

 

La prévention, c’est en 3 points :

  • Assurer au chiot de bonnes conditions de développement précoce à l’élevage, avec une soigneuse socialisation aux 2 espèces (canine et humaine).

  • Dès l’acquisition du chiot, charge est à ses propriétaires de poursuivre, étendre et renforcer cette socialisation entamée à l’élevage, et jusqu’à la maturité du Rott (environ 2 ans)

  • Offrir au chien des conditions de vie respectueuses des besoins propres à son espèce, le tout avec un constant souci d’observation de la loi de 1999 (même si l’on ne la considère pas pertinente... !)

Socialisation à sa propre espèce

 

Une mère équilibrée qui vit dans un élevage où les reproducteurs cohabitent paisiblement, fait faire à ses petits en interaction avec elle (si sa portée lui est laissée minimum 8 pleines semaines) les premiers acquis des rituels de salutations, de soumission, de dominance, d’invitation au jeu, avec l’auto contrôle de leur énergie et l’inhibition de leur morsure. A l’inverse, une génitrice peu sociable, anxieuse et peureuse éduquera mal ses chiots.

Les petits apprennent aussi à communiquer « chien » pacifiquement, en évoluant chez l’éleveur avec des congénères adultes qui s’apprécient (ou même en les regardant évoluer). Ils se familiarisent avec les postures, les mimiques, les vocalises régissant la communication.

Inversement, en contact avec des congénères adultes agités, aboyeurs ou en conflits permanents, les chiots sont en quelque sorte « préparés » à être agités et aboyeurs aussi, mordilleurs à l’excès et potentiellement agressifs.

Le « modèle » que représentent ces manières d’être en relation entre chiens, façonne des timides plus émotifs, des déterminés encore plus dominants, des agités encore plus difficiles à contrôler.

Faute donc d’une bonne socialisation à ses congénères, un chiot Rott sera mal assuré avec eux, ou certains d’entre eux, notamment ceux de morphologies différentes de la sienne. Ne sachant pas bien communiquer avec les chiens, il les agressera par peur ou se fera agresser lui-même par sa méconnaissance des codes sociaux canins.

 

Socialisation aux humains

 

Une bonne qualité des échanges sociaux entre les éleveurs et leurs chiens, retentit positivement sur les chiots, qui tels les adultes reproducteurs, seront naturellement confiants dans l’être humain. Cette une parfaite socialisation des chiots à l’espèce humaine qui se prépare, si tous les contacts et soins des personnes qui les entourent, sont respectueux des petits. Plus tard, ceux-ci seront prêts à des rencontres aisées avec d’autres êtres humains, qui a priori ne seront pas à redouter.

 

A l’inverse faute de cette bonne imprégnation, le chiot craindra les humains (ou certains profils d’entre eux) et voudra les éviter ou limiter leur approche voire même la repousser (avec des menaces type grognements ou aboiements, suivies de morsures si ses menaces ne font pas reculer).

Les enfants en particulier, sont un des profils humains auquel tout chiot Rott doit absolument être familiarisé dès son plus jeune âge (entre sa 3è et sa 10è semaine). Proposer de temps en temps à l’élevage, la proximité de bambins d’âges différents, habitue les chiots aux gestuelles et vocalises enfantines qui ne l’effrayeront pas, quand il en rencontrera plus tard dans sa famille ou dans la rue.

 

L’élevage en très grand nombre et en boxes isolés ne permet pas une socialisation optimum aux congénères comme aux humains. Donc pour partir du bon pied, pas question d’acheter un petit Rott sans aller s’enquérir sur place, de toutes les bonnes conditions de développement précoce.

 

Renforcer les acquis

 

Dès l’acquisition du chiot, charge est aux acquéreurs de parfaire sa socialisation entamée à l’élevage, et ce jusqu’à l’âge adulte.  

La confrontation précoce et progressive avec la vie urbaine, les rencontres de congénères avec ou sans laisse et d’humains petits et grands, à pied, à vélo ou autre, familiarise le chiot à tout ce qui petit à petit va devenir son ordinaire.

C’est surtout la nouveauté qui fait peur et qui peut faire réagir un chien agressivement. C’est donc dans des rencontres positives avec le plus grand registre racial possible (humain et canin) que l’on prépare son petit Rott à une meilleure tolérance future, vis-à-vis des situations les plus diverses et singulières.

 

Cohabitation et respect de la loi

 

Un Rott (comme tout chien d’ailleurs) a besoin de règles de vie pour cohabiter avec ses maîtres, et la plus élémentaire étant sûrement d’être à l’initiative de toute interaction avec lui. Si ce chien peut recevoir réponse à ses propres demandes (de caresses, de jeux ou de sorties), je doute qu’il soit facile d’obtenir ensuite (et cohérent d’exiger !) réponse de sa part aux ordres de ses propriétaires.

La mise en place précoce de la bonne manière de conduire la relation avec un tel chien, augure de son équilibre psychique et comportemental et de sa fiabilité en général.

Minorer les tensions relationnelles et contraintes sur le chien, est l’objectif du comportementaliste pour ceux qui font appel à lui, et qui ne veulent pas seulement dresser leur animal.

Autre élémentaire règle avec un Rott, est celle de respecter la loi telle qu’elle est.

L’obligation de tenir en laisse et museler ce chien en promenade dans les lieux public doit être respectée par tous, pour ne pas prêter le flanc aux détracteurs de la race.

 

Cette loi est ainsi, on la connaît avant d’acquérir un tel chien, et ne pas en respecter les termes retentit négativement sur tous les propriétaires sérieux et responsables.

Pour les mêmes raisons, la possession d’un Rott oblige à clôturer sérieusement chez soi (si l’on dispose d’un jardin). Pas de divagation, ainsi pas de risque que n’importe qui dans la rue, fasse n’importe quoi avec le chien !

 

Pour le bonheur du Rott, il ne peut pas y avoir d’éleveurs « amateurs » pas plus qu’il ne peut y avoir d’acquéreurs « amateurs »... et qu’on se le dise !

 

A noter :

Toutes ces remarques et conseils sont valables pour n’importe quel chien d’une race ou d’une autre (molosses et autres chiens de grandes morphologies bien évidemment... en tout premier lieu !)

 

Danièle Mirat Comportementaliste

Site: http://www.communicanis.com

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